Manager Général, un métier à part

Prochain événement

Histoire d’une qualification

La Côte d’Ivoire a beau s’être qualifiée le 16 novembre pour la Coupe du Monde 2014, la tête de Sabri Lamouchi est toujours réclamée par une partie de la presse et des supporteurs. Une situation qui ne laisse évidemment pas indifférent le sélectionneur des Eléphants, lequel préfère rester concentré sur la préparation de l’échéance brésilienne.

Jeune Afrique : votre départ est évoqué alors que vous êtes sous contrat, et la Côte d’Ivoire a obtenu sa qualification pour la Coupe du Monde. Comment vivez-vous cette situation ?

Sabri Lamouchi : Mon arrivée fin mai 2012 avait été accompagnée de certaines critiques, liés à mon inexpérience. Je les avais comprises, sachant que ma mission était de qualifier la Côte d’Ivoire pour la Coupe du Monde. Cet objectif a été atteint, sans concéder la moindre défaite (5 victoires, 3 nuls), et en éliminant des équipes comme le Maroc et le Sénégal. Il y a des gens qui souhaitent mon départ. Est-ce un problème de personne ? J’ai eu des échos en ce sens. Ce n’est pas forcément agréable à entendre.

Avez-vous l’impression qu’on cherche à atteindre Sidy Diallo, le président de la fédération, à travers vous ?

Oui, je pense que c’est une des explications à toutes ces critiques. En Côte d’Ivoire, j’ai compris que la sélection n’était pas seulement un enjeu sportif. Mais je ne veux pas me mêler de cela. Ce qui m’intéresse, c’est le terrain. M. Diallo et moi avons une relation très franche. Je sais que je peux compter sur lui. Il fait en sorte que la sélection évolue dans les meilleures conditions possibles. Aujourd’hui, il n’y a plus de problèmes de primes, de transports… La Côte d’Ivoire est quand même qualifiée pour la troisième fois consécutive à une Coupe du Monde. J’aimerais qu’il y ait un peu plus de sérénité autour de la sélection…

Les gens croient que la Côte d’Ivoire possède la meilleure attaque du monde, et qu’on doit gagner tous nos matches 5-0.

Outre votre manque d’expérience, on vous attaque fréquemment sur votre salaire, qui n’est pas de 200 000 euros par mois, comme certaines personnes l’assurent (il est de 60 000 euros), sur vos choix et sur la qualité de jeu de l’équipe, qui marque malgré tout beaucoup de buts…

Depuis des années, on parle d’une génération dorée en Côte d’Ivoire. Mais elle n’a jamais rien gagné, et il y a eu avant moi des sélectionneurs très expérimentés, comme Henri Michel ou Vahid Halilhodzic, qui ont beaucoup souffert. C’est bien qu’il y a un problème quelque part. En ce qui concerne le jeu, bien sûr qu’il arrive à l’équipe de ne pas très bien jouer. Notre jeu doit être plus équilibré. C’est vrai que nous avons été éliminés en quart de finale de la CAN 2013 par le Nigeria (1-2), et ce fut une grosse déception. Mais les gens croient que la Côte d’Ivoire possède la meilleure attaque du monde, et qu’on doit gagner tous nos matches 5-0.

Depuis votre arrivée, il y a eu pas mal de nouvelles têtes chez les Eléphants : Sio, Aurier, L. Traoré, Dié, alors que des joueurs plus expérimentés, tels Eboué, A. Koné n’ont plus été appelés depuis plusieurs mois…

La porte de la sélection n’est fermée à personne. Il fallait procéder à un rajeunissement, pour préparer l’avenir. Les nouveaux ont vite trouvé leur place. Mais sans tout bouleverser, car nous avons besoin de tout le monde. Il y a de très grands joueurs dans cette sélection. Je regarde ce groupe vivre ensemble, et cela se passe bien. Au Mondial, le premier objectif sera de passer le premier tour, ce que la Côte d’Ivoire n’a jamais réussi à faire, ni en 2006, ni en 2010.

Avez-vous une idée un peu plus précise du programme de préparation de la sélection ?

Nous affronterons la Belgique le 5 mars prochain à Bruxelles, sauf si le tirage au sort de la phase finale nous place dans le même groupe. Je vais ensuite organiser deux stages en mai et juin : le premier aura lieu en Europe. Nous étudions plusieurs options, en France, en Autriche, en Suisse et en Allemagne. Puis un autre pas très loin du Brésil. Et durant ces deux stages, nous disputerons deux ou trois matches amicaux, que nous choisirons en fonction de nos adversaires du premier tour…

Propos recueillis par Alexis Billebaul